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Non classé | 03.08.2011 - 21 h 03 | 7 COMMENTAIRES
Body Snatchers
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Body Snatcher : c’est le nom d’un film fantastique d’Abel Ferrara que j’ai vu quand j’étais jeune. Il raconte les débuts de l’invasion de la Terre par des extraterrestres qui ont comme particularité de prendre la forme des êtres humains qu’ils tuent : ainsi, à première vue, leur invasion passe inaperçue. C’est seulement leur comportement un peu étrange qui peut laisser deviner qu’il s’agit bien d’un alien. Le film se termine sur cette phrase : « Où veux-tu aller ? Où veux-tu fuir ? Où veux-tu te cacher ? Nulle part. Il ne reste PLUS PERSONNE comme toi ».

Un peu plus tôt, j’avais aussi vu The Hidden, d’un certain Jack Sholder – et là, c’est encore pire : la créature extraterrestre entre à l’intérieur du corps de l’humain et prend possession de ses gestes et de ses pensées.

Une colonisation de la planète non pas de l’extérieur, par la conquête et la contrainte, mais de l’intérieur, par le parasitisme invisible des esprits… C’est parfois ce à quoi j’ai l’impression d’assister devant le déferlement de la culture pop (cf. mon article) et tout récemment, devant le phénomène désormais célèbres des flash-mob.

Que la culture pop (de Mickaël Jackson à Lady Gaga) a déjà colonisé l’imaginaire de milliards de personnes tout autour du globe, c’est un fait acquis, entériné. Cette colonisation n’est certes pas complète : les cultures populaires traditionnelles subsistent dans des formes plus ou moins résiduelles, il existe des poches de résistances et chaque être humain conserve sa part de liberté et de complexité – mais cela n’enlève rien à l’ampleur de la colonisation. Que cette colonisation culturelle et musicale est le fer de lance d’une expansion technologique et commerciale, c’est aussi un fait acquis : il suffit de compter le nombre de placement de produits dans un clip de Lady gaga pour s’en convaincre.

Cependant les flash-mob marquent une étape supplémentaire…

Pour moi, jusqu’à tout récemment, je pensais naïvement qu’une flash-mob désignait une action militante surprise se tenant dans un lieu public. A mi-chemin entre la manifestation et le théâtre de rue, quelque chose fait pour frapper les esprits et mobiliser les consciences. Une action à la fois radicale et ludique, en quelque sorte, menée par un groupe en colère du type Act-Up ou Greenpeace. Les passants se demandent ce qui se passe, si ces gens qui font les morts ou qui déballent les vêtements de fourrure sont sérieux ou non.

La frontière entre la rue « lieu de shopping » et le rue « lieu de manifestation », cette frontière-là est brouillée. Le passant se voit renvoyé à son statut de citoyen alors qu’il a l’habitude de ne le faire qu’à des moments précis. L’action la plus banale – se promener dans la rue, acheter des vêtements ou de la nourriture – court le risque de se voir perturber par des trublions qui viennent rappeler, de manière drôle ou choquante, que ces actions ont des conséquences politiques, économiques ou écologiques. Le consommateur n’est plus en sûreté. Les flash-mob viennent nous rappeler que la rue, le magasin, la banque ou autre sont des lieux sociaux, politique, où se joue la responsabilité de tous.

Oui mais voilà, j’ai tout faux, c’est pas ça du tout. Dans l’article wikipedia, on parle de freeze mob, de tout un tas de flash-mob possible, mais pas d’action militante. J’ai dû confondre avec le mot « happening » ou autre. La grande différence, c’est qu’une flash-mob mobilise des gens qui ne se connaissent pas, à la différence d’un groupe militant. Mais dans les deux cas, la fonction des lieux publiques est réinterrogée – c’est ce qui a dû m’emmêler les pinceaux.

Retournons alors à nos moutons. Le sens le plus courant désigne aujourd’hui des chorégraphies dansées dans les lieux les plus divers par des gens invités par Internet et qui ne se connaissent pas (ou pas forcément). L’immense majorité de ces choré, pour ne pas dire la totalité, concerne les tubes les plus écoutés du moment : Beyoncé, Lady Gaga, Britney Spears, Shakir… dont les clips et les choré se prêtent d’ailleurs particulièrement bien à des flash-mob ! Le passant lambda assiste ainsi, amusé ou agacé, à des moments de danse dans les lieux les plus divers : une rue, une gare, un supermarché, un lieu touristique.

Je me suis rendu compte de l’ampleur du phénomène un soir, chez des amis qui préparaient eux-aussi une flash-mob. Histoire de se renseigner, ils ont passé un certain temps à surfer sur Youtube, entre vidéo « tutorial » pour apprendre les choré, et vidéos des flash-mob en elle-mêmes. De toute la planète, des plus originales aux plus ratées, des plus amateurs aux plus professionnelles. Ca va des délires les plus ridicules à l’art de rue le plus étonnant, moderne.

Comment définir la nature du malaise qui monte progressivement en moi ? Quelque chose me dérangeait dans ces vidéos, dans ce phénomène – mais que pouvais-je dire sans passer pour le rabat-joie de service ? Comment exprimer ce malaise sans recourir à des formules politiques barbantes et d’un autre âge ? J’ai tenté quelques remarques un peu ironiques, qui tombèrent dans une incompréhension totale : il ne s’agit que de s’amuser, quel mal y’a-t-il à ça ? Et puisqu’il s’agit de mobiliser le plus grand nombre de personne, autant prendre une chanson connue, non ?

Oui, c’est logique. Tout cela est logique. Mais ce n’est pas ma logique.

Je suis entouré d’aliens. Plus exactement, les aliens ont pris possessions des cerveaux de mes amis, d’Internet, de tout le monde. Est-ce moi qui vois le mal partout ? Suis-je en train de devenir fou et paranoïaque ? Ou suis-je la dernière personne censée sur terre ?

Coloniser les imaginaires : la première étape de la conquête a réussi. Ils passent désormais à la phase deux : la conquête effective des lieux et des territoires. Les puces ont été implantées, les esprits contrôles peuvent passer à l’action. Jusqu’ici contenue dans les boîtes de nuit, les habitations individuelles et les écouteurs, la musique pop déborde dans les espaces publics. Les enceintes sont dans la rue et il y a des gens qui, volontairement et automatiquement, jouissent de répéter tous exactement les mêmes gestes, en rythme et en même temps. C’est fascinant et inquiétant.

Il n’y a plus de politique. Il n’y a plus de société. Il n’y a plus de tranquillité. Il n’y a plus rien. Tout a été dissous dans le mainstream de la pop. Tout est beau, tout est joyeux : euphorie et sourires obligatoires ! Interdiction de ne pas aimer. Même la rue, pourtant lieu par excellence du shopping, ne l’était pas encore assez : il faut désormais chanter notre bonheur d’appartenir à cette merveilleuse civilisation.

Là où la plupart voient une manifestation festive et sympathique, je devine le défilé du Joker dans le premier Batman…

Je me retourne, je cherche, je questionne, mais on me répond : « Où veux-tu aller ? Où veux-tu fuir ? Où veux-tu te cacher ? Nulle part. Il ne reste PLUS PERSONNE comme toi ».

Publié par
Un gay ni totalement dans le milieu, ni totalement hors milieu, et qui se pose beaucoup de question sur tout ça ! Je suis rarement content, mais souvent de bonne humeur.
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LES réactions (7)
Body Snatchers
  • Par Xelias 05 Août 2011 - 5 H 03

    Je précise aussi que mon texte, qui parle de science-fiction, relève lui-aussi un peu de la science fiction… 😉

     
  • Par Xelias 05 Août 2011 - 5 H 01

    @pitaladio
    Oui c’est vrai, j’aurais dû ajouter que dans deux ans on n’entendra plus parler et qui commence peut-être même à devenir un peu ringard, ce qui relativise beaucoup la portée de mes paroles. Mais ce ne serait pas drôle sinon ! Et peut-être que non, ça n’enlève rien à la pertinence brillante de mon analyse… 😉 (humour!)

    @sinisalo
    Pour tout dire, la vidéo « über » c’est moi qui l’ai réalisée.!!!
    Et les amis dont je parle dans le texte, c’est bien un petit groupe issu de Festigays. Mais je ne voulais pas les citer dans l’article car :

    – 1. j’en fais partie prenante, je me sens solidaire de cette opération (même si je ne l’ai pas voulue et que je n’étais pas à la Marche cette année),

    – et 2. je n’avais pas l’intention de citer des noms, des groupes précis, etc. Ca n’aurait aucun sens. Pour la flash mob de Festigays, ce sont des personnes sympathiques et de bonne volonté, des amis pour certains. La vidéo est des plus amateurs et je crois que l’événement a été noyé dans l’oeuf par la foule, mais ce n’est pas grave, on s’est bien amusés. Mais oui, c’est lors de la préparation de cette « flash-mob » que j’ai découvert l’ampleur du phénomène et que ça m’a fait un peu peur.

     
  • Par sinisalo 04 Août 2011 - 19 H 35

    Super article !!!

    @xelias Tu leur a fais un spitch à Festigay avant l’organisation de la GP à Strasbourg et leur Flashmob raté? (surtout la vidéo über lol !)

     
  • Par pitaladio 04 Août 2011 - 19 H 31

    c’est un peu excessif. A t’entendre, on, croirait que tu vis dans une flashmob permanente 🙂 (ce serait un peu relou, je te l’accorde) Mais là, c’est donner beaucoup de poids à un phénomène de mode, hyper ponctuel qui plus est (on ne peut pas dire qu’on soit assaillis à longueur de journée par les flashmob comme on peut l’être par la pub par exemple) et qui comme tous les phénomènes de mode peut agacer certains et finira forcément par lasser, puisque par ailleurs c’est vrai tout le monde fait des flashmob et ça deviendra forcément ringard.

     
  • Par Xelias 04 Août 2011 - 19 H 19

    Autant pour moi : j’ai utilisé Safari au lieu de Firefox pour mettre l’article en page, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même.

    Mais bon, je suis déjà étonné que deux personnes ont lu mon texte. Faites attention, je risque de continuer 😉

     
  • Par Xavier Héraud 04 Août 2011 - 13 H 37

    @xelias Je me suis permis de redimensionner ta photo.
    @ Tout le monde: la colonne des blogs fait 500 pixels de large, essayer de redimensionner vos photos avant de les intégrer dans un post!

     
  • Par Red 04 Août 2011 - 7 H 57

    @xelias, il faut que tu redimensionne la dernière photo, elle est trop large et du coup le texte est coupé sur la droite :/

     
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